Forêt Sacrée Jean Baptiste Janisset

Dans le cadre de l’exposition Curiosités à Sans-Titre 2016, ARTMATE présente l’installation
« Forêt Sacrée » de Jean-Baptiste Janisset.

Cette exposition permet de mettre en lumière les rituels Vaudou auxquels l’artiste a pu participer lors de son voyage au Bénin en janvier 2016. Jean-Baptiste Janisset est un passionné de voyages. Il s’intéresse au rapport qu’entretient son pays natal, la France, avec les pays du continent africain. Il remet en question l’existence de certaines œuvres ou commandes publiques exposées dans les espaces urbains glorifiant la période coloniale. Pour cela il redonne une seconde vie à ces sculptures souvent en ruine ou tombées en désuétude avec le temps afin de rétablir les erreurs du passé.

Jean Baptiste Janisset Forêt Sacrée

Forêt Sacrée Jean Baptiste Janisset

Zomadounou

Bronze de la fonderie royale d’Abomey, impression sur bâche
230 x 140 cm, 2016

Réactivation de la sculpture Zomadounou, réalisée par Dominique Zinkpè, 2004, Centre Unik, Abomey

Le Bocono

Bronze de la fonderie royale d’Abomey, impression sur bâche, 330 x 240 cm,2016

Réactivation de la sculpture Bocono, réalisée par Cyprie Tokoudagba, 1995, Forêt Sacrée, Ouidah

Jean Baptiste Janisset Forêt Sacrée

Jean Baptiste Janisset Forêt Sacrée

Deux Esclaves du Mémorial Egoun

Bronze de la fonderie royale d’Abomey, impression sur bâche
170 x 110 cm,2016

Réactivation du mémorial Égoun construit par Ives Appollinaire Kpédè,
1993, Zounzonme

Forêt Sacrée Jean Baptiste Janisset

Zomadonou et le Boconon

 

FORET SACREE

 Par Jean-Baptiste JANISSET

En Afrique, la liaison mystique avec les ancêtres divinisés est constante et active. Rien ne se fait sans les consulter et s’assurer de leur protection ; les hommes vivent dans l’abondance et dans la prospérité s’ils ont su les satisfaire, par contre, les catastrophes et les calamités se succèdent sur terre si ces dieux ont été négligés ou offensés.

Pierre Fatumbi Verger, Dieux d’Afrique, 1954

Le prélèvement :

Au Bénin, j’essaie de prélever des morceaux de mémoire culturelle béninoise pour éveiller les souvenirs enfouis de l’Histoire.

Le prélèvement est le processus de fabrication qui consiste à appliquer de l’argile sur la partie de la sculpture que je veux reproduire. Cela produit le négatif de la sculpture et cela révèle une image dissemblable de la réalité. Une fois que je révèle l’image avec de l’argile, je coule de la cire d’abeille dans le négatif et ensuite je le fais réaliser en bronze par la Fonderie-Royale-Abomey.

Avant chaque prélèvement, je crée de réels liens d’amitiés avec les gardiens des lieux tel que Désiré Kpassenom, frère de l’actuel roi du Royaume de Ouidah, haut lieu historique des rituels Vaudou.

Il est important dans ma démarche de respecter le contexte de la production des pièces et de sa circulation pour créer un mécanisme d’intentionnalité. De ce fait, pour la plupart des prélèvements réalisés, je fais ainsi appel à un Boconon, prêtre du Fà, pour lui demander l’autorisation sur l’intervention et ainsi créer des objets à même de voyager.

Le Fà :

Le Fà est à la fois science et divinité présidant au destin de l’homme. Il est un livre ouvert sur le passé, le présent et l’avenir, enseignant à l’homme ses liens profonds avec la nature, tout en lui dispensant, grâce aux contes allégoriques liés à chaque arcane, une grande et très profonde sagesse existentielle. Le Fà est certes, une géomancie, une technique divinatoire, mais c’est là un aspect mineur des choses. Le Fà est avant tout, une voie de connaissance, une doctrine initiatique. Il est facile de s’apercevoir rapidement que le Boconon n’est pas un homme vulgaire. Sa science, son comportement et sa sagesse en fait un homme à part.

Le Fà aide l’homme auquel il se reflète à mieux se comprendre et entrevoir le destin au travers d’une vision plus lumineuse. Cela pourrait l’aider à agir sur tous les plans avec plus de sciences, d’efficacité et de sagesse. Le système de divination Fà a été ajouté en 2005 par l’UNESCO sur sa liste des «chefs-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité».

Forêt sacrée de Ouidah :

Je réarticule le culte du  Vaudou en m’appuyant sur des grandes figures de l’art du Bénin, tels que la sculpture du Boconon de Cyprien Tokoudagba qui se trouve dans la forêt sacrée de Ouidah. Cette forêt abrite l’âme du roi Kpassè, fondateur du royaume de Xwéda aux XVIIe siècle, devenu aujourd’hui la ville de Ouidah. La légende dit qu’il se serait fait de nombreux ennemis en collaborant avec les négriers et signant avec eux des accords de commerce. Il se serait transformé en Iroko pour échapper à ces ennemis, donnant ainsi son caractère sacré à la forêt, puisqu’elle abrite l’esprit du roi. « L’esprit du Roi ne meurt jamais, il voyage… » La forêt n’est ouverte au public que depuis l’organisation du premier festival du Vaudou en 1992. Une partie de la forêt reste cependant inaccessible, car elle abrite un couvent où les jeunes initiés reçoivent leur enseignement auprès des anciens.

Cyprien Tokoudagba est également connu pour avoir participer à la l’incontournable exposition Les Magiciens de la terre au Centre Pompidou en 1989  du commissaire Jean-Hubert Martin.  Son art est inspiré par la représentation des symboles religieux Vaudou qu’il a utilisé pour la décoration de nombreux temples et édifices vaudou  et notamment à la Forêt Sacrée de Ouidah.

L’interaction qui se déroulera les 10 et 11 décembre, sera un moment de transmission, d’échange, d’enchantement  pour rendre hommage à l’Histoire, au Vaudou et à ces disciples.